J’écoute…
Et verse une larme. Une rivière de gouttelettes salées. Frissonnant, tremblante, sous la force des soubresauts que m’occasionnent mes pleurs. Preuve incontestable que je suis vivante. Que mon coeur sanglote ou s’esclaffe. Mes larmes perlent au coin de mes yeux. Marrons lorsque je ris. Kaki lorsque je suis triste. Mon côté ambigüe s’exprime par la couleur noisette. Partiellement dorée. Rendant mon oeil plus coquin. Parfois taquin. Rarement mesquin.
Parce que j’écoute. J’entends. J’aime. Et que l’amour s’accorde mal aux mesquineries. Je m’écarte. M’étourdis. Choisissant des mots pour leur simple sonorité. Je me laisse emporter par leur textures plutôt que par leur sens. Quel imbroglio! Je cris à l’ignominie. Enfermez-moi. Que je grave les mots sur les murs de ma cellule. Qu’ils deviennent une partie de moi. Qu’ils restent tatoués sur les parois de ma conscience. À me divertir. Me concurrencer moi-même par leur force vitale. Mon Ça et mon Surmoi rivalisant sur l’utilité et la véracité de chacun d’eux. M’obligeant à les noyer dans un océan de larmes grises comme la matière qui me convainc d’écrire. Là. Maintenant. Cet encéphale quasi autonome qui utilise mon corps pour s’exprimer. Se faire entendre.
J’écoute…
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Je suis là. Musique dans les oreilles. À écrire. Encore et encore. Comme un besoin perpétuel de m’exprimer. Je reviens inlassablement devant cette page toute de blanc vêtue. Elle me nargue. Je l’aime. Elle me provoque. Je l’adore. Mon coeur qui bat un peu plus vite. Ma respiration qui s’affaiblit. J’ai les doigts qui engourdissent. Je m’asphyxie. Les mots m’étouffent. Ils désirent tous une place de choix. Mais comment faire alors que je les apprécie tous? Le combat est d’une qualité extrême. Variant sous les envies qui me tenaillent. M’alléchant par leur diversité. Leur charme unique et momentané. Je suis perdue. Dans cet univers d’images mentales toutes aussi belles les unes que les autres. Mais comment les montrer? De quelle façon peut-on regarder dans le cerveau de quelqu’un… Autrement que par ses mots. Qui sont pourtant si interprétables. Si maniables au travers du vécu de chacun. Des yeux qui les regardent ou les lisent ou les vivent. Vous vivez les mots? Je les ressens. Chacun d’eux. Ils sont si vigoureux et puissants. Ils m’intimident presque par moment. Alliant cette gêne à ma peur de construire une image qui ne me représente pas. Cette peur de l’interprétation qui me fais parfois choisir un moindre mot. Parce qu’il a moins d’impact. De force. Mais alors? C’est que je vous juge? Et si je le fais c’est que je me juge d’abord moi-même? Quel imbroglio. La confusion règne dans ce texte qui ne ressemble à rien. Autant par son manque de structure que de mots qui m’enchantent. C’est le chaos. Je me contredis invariablement. Un paradoxe ai-je déjà affirmé? Il s’affirme lui même finalement!
